Ceci est un supplique. Un supplique pour faire de la salamandre l’emblème universel de l’humanité au XXIème siècle.

Parce que l’aigle et le lion ont fait leur temps

De tout temps l’homme s’est cherché des symboles. Et c’est souvent dans le règne animal qu’il les a trouvés. Dans ce bestiaire symbolique, il est deux animaux qui occupent une place de choix : l’aigle et le lion. L’aigle a été le symbole des plus grandes puissances mondiales, de Rome aux Etats-Unis d’Amérique, en passant par Byzance, le Saint Empire Romain Germanique et Napoléon Bonaparte. Le lion n’est pas en reste, représenté sur les armoiries de la royauté britannique et de l’Empire espagnol.

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Le pygargue à tête blanche, symbole des Etats-Unis d’Amérique

Tous deux représentent les qualités que l’homme voulait se donner : force, courage, loyauté, honneur. L’aigle surpasse le lion car, en possédant les mêmes qualités, il règne aussi sur le ciel, il représente la puissance absolue. Son œil perçant voit tout, ses ailes agiles lui permettent d’agir rapidement, et ses puissantes serres lui confèrent la force de terrasser ses ennemis.

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Le lion, symbole de la royauté britannique

Cependant, il n’est plus nécessaire aujourd’hui de vouloir se doter de ces qualités. Toutes les puissances mondiales possèdent déjà, et c’est de notoriété publique, les armes pour terrasser leur ennemis des milliers de fois, et dans le processus de se terrasser elles-mêmes et tout le reste de la planète. Il nous faut donc un nouveau symbole, qui représente des qualités que nous n’avons pas, mais que nous voudrions, ou devrions, avoir pour continuer à exister.

Parce que les qualités dont nous avons besoin sont la coexistence pacifique, l’adaptabilité et … manger des insectes

Nous faisons face aujourd’hui à de nombreux défis. Les économistes, scientifiques et autres Cassandre nous prévoient la fin du monde pour bientôt, et de fait ils pourraient avoir raison. La pression exercée sur les ressources par la population humaine, toujours croissante, problématique si chère à Thomas Malthus, va entraîner une raréfaction des ressources disponibles par habitant, et donc potentiellement des migrations massives, des famines, des guerres. Le défi climatique est aussi un enjeu majeur, découlant du premier. Notre consommation excessive de ressources entraîne le réchauffement climatique, qui lui même entraîne la raréfaction des ressources, et nous retombons dans le schéma déjà décrit: guerre, famine, mort et damnation.

Ne parlerons pas ici des animaux à sauver, car bien que sauver les animaux (et en particulier, vous l’avez compris, les salamandres) soit l’une de mes préoccupations principales, le développer ici ne servirait qu’à prêcher des convaincus. De plus, il ne s’agit même pas de sauver la nature : elle a vécu d’autres catastrophes, provoquant des extinctions massives, mais à chaque fois elle a repris ses droits, et au fil des centaines de milliers d’années (une broutille à l’échelle géologique) une biodiversité au moins équivalente s’est reconstituée. Non, l’enjeu, c’est de sauver l’humanité, de sauver nos enfants et nos petits enfants.

Pour atteindre cet objectif, nous allons coexister pacifiquement, avec les autres hommes d’une part, et avec les reste du monde vivant, d’autre part, en formant des écosystèmes performants. Par exemple, nous allons arrêter d’arroser nos salades d’engrais chimiques qui détériorent les sols et tuent la faune et la flore locale, et de déverser les eaux usées de nos élevages de poissons dans les cours d’eau, et nous allons en faire un écosystème ! Une technique en cours de développement, l’aquaponie, permet de cultiver des salades sur des élevages de poissons. La salade se nourrit de l’azote rejeté dans l’eau par les poissons, et en faisant cela elle contribue à filtrer l’eau. Plus besoin d’ajouter de l’engrais ni de déverser l’eau usée partout !

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L’aquaponie, on voit les plantes se développer, avec de l’eau prélevée dans les bac à poisson (en bleu, en dessous des plantes)

Réussir cela n’est pas facile, mais nous saurons nous adapter. Adapter nos modes de consommation, en mangeant des insectes et des légumes produits dans des exploitations respectueuses de la nature et des générations futures. Adapter notre mode de vie, en acceptant de ne plus (trop) se chauffer l’hiver, et en remarquant qu’on vit très bien à 14°C, et même mieux qu’à 25°C en plein mois de janvier. Adapter même nos structures urbaines, avec des villes qui seront plus verticales, mais avec des lieux de production et de commerce très proches : ce sera le temps de fermes sur les toits des immeubles, et des panneaux solaires sur leurs façades.

Mais revenons à une information capitale : oui, non allons finir par manger des insectes. En effet, ils demandent 8 à 10 fois moins d’énergie et de nourriture que l’élevage bovin, tout en polluant beaucoup moins. C’est donc une solution d’avenir ! Quelques entreprises se sont lancées dans la production d’insectes pour la consommation humaine, même si elles ne sont pas encore légion. Leurs produits sont un petit peu transformés, sous forme de « steaks », de cookies ou de chips, mais l’insecte y est. Je dois avouer que la vue d’une larve se tortillant n’a rien d’appétissant. Mais je sens bien que, quand mes enfants m’emmèneront dans leur bar à insectes préféré, ils verront dans mon regard le même air que celui que j’ai vu sur le visage de mes parents quand je les ai emmenés dans mon bar à sushi préféré : manger du poisson cru ? Mais quelle idée !

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Le ver de farine, insecte très prometteur pour l’alimentation humaine

Parce que la salamandre est l’animal qui incarne le mieux ces qualités

Maintenant que nous avons défini les qualités que nous voudrions avoir et que nous voudrions voir nous représenter, il ne reste plus qu’à trouver un animal les représentant. Evidemment, l’aigle et le lion sont éliminés d’office. L’hippopotame est pacifique, et sait s’adapter à son environnement, en navigant entre la terre ferme et l’eau. Cependant, il passe ses journées à brouter les herbes sous-marines, et ne mange donc pas d’insectes, il est donc éliminé. Le caméléon mange des insectes et il sait aussi s’adapter en changeant ses couleurs de façon remarquable. Néanmoins, ces changements de couleurs sont souvent le reflet de ses émotions, et l’animal représentant l’homme du XXIème siècle se doit de maîtriser un peu mieux les siennes. Il peut y avoir aussi la libellule, qui est plutôt pacifique, qui s’adapte très bien à son environnement grâce à ses couleurs souvent bien camouflées et sa capacité à voler pour éviter les problèmes. Et elle mange des insectes ! Des moustiques, principalement. Cependant, étant elle même un insecte, cela pose problème, car le cannibalisme n’est pas une caractéristique à laquelle l’homme du XXIème siècle aspire.

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L’hippopotame ne représente sans doute pas l’homme du XXIème siècle

La solution n’est pas très lointaine. Elle provient d’un animal formant un beau cycle alimentaire avec la libellule : dans leur jeunesse, la larve de libellule se nourrit très fréquemment de larves de salamandres et de triton. A l’âge adulte, ce sont ces derniers qui mangent la première. Et la libellule n’est évidemment pas le seul insecte que la salamandre mange. Sans en faire l’inventaire, je vous garantis qu’ils sont nombreux. Ensuite, la salamandre est très pacifique : plusieurs spécimens peuvent s’entasser sans que cela n’en gêne aucun, toutes sortes d’animaux peuvent se promener sur son corps sans que cela ne la gêne, et quand un gros animal (comme l’homme) la dérange, elle se contente d’essayer de s’aplatir ou essayer de prendre le moins de place possible, et si cela ne marche pas elle fait la morte. Sa défense ultime, son poison, ne peut avoir d’effet que si elle se fait manger, elle est donc en situation de légitime défense. Et dernier point, elle est parfaitement adaptable, changeant de mode de vie en fonction des saisons, passant de la terre à l’eau, se réfugiant parfois sous terre, et échangeant en permanence avec son milieu à travers sa peau perméable.

Il ne fait plus aucun doute, la salamandre est faite pour représenter l’homme au XXIème siècle. Je doute néanmoins que mon supplique ne trouve écho auprès des décideurs de ce monde, ne serait-ce que parce que l’affluence de ce site est assez limitée. Cependant, j’espère que ce premier éditorial pourra, à défaut de convaincre le lecteur, le faire sourire, peut être à mes dépends d’ailleurs. Peut être aussi qu’il pourra le faire réfléchir au changement de notre monde et au changement qu’il implique sur nos modes de vie. Pour le meilleur, bien évidemment.

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La salamandre, notre nouveau symbole

RS