Le monde connait aujourd’hui une extinction rapide d’une grande partie des espèces animales. Si les plus grandes d’entre celles-ci, comme la baleine, l’ours ou l’éléphant sont devenus des symboles de la nécessité de rationalisation des activités humaines, à l’autre bout de l’échelle de taille, de nombreuses autres espèces de vertébrés disparaissent en silence. Et pourtant, ils sont fascinent, et en particulier par leur taille vraiment minuscule. Un vertébré adulte, plus petite qu’une pièce de 20 centimes : impossible ? Et pourtant, les salamandres pygmées, de leur nom scientifique Thorius, relèvent ce défi avec brio. Elles comptent en effet les plus petits vertébrés à queue au monde.

 

Vivant dans les forêts tropicales des régions montagneuses du sud du Mexique, elles font partie des rares genres de salamandres tropicales. Elles mesurent entre 1 et 2 cm de long à l’âge adulte, queue comprise, ce qu1594i est par exemple plus petit qu’une larve de salamandre tachetée française à la naissance, ou qu’une phalange d’un doigt humain. Elles ont été observées pour la première fois au XIXème siècle, et le nombre d’espèces découvertes dans les années 1940, 1960 et surtout 1970. Une équipe de chercheurs vient de décrire 3 espèces aditionnelles de ce genre, originaires de la région d’Oaxaca (sud du Mexique) (voir ici), ce qui me donne l’occasion d’en parler un petit peu.

Ces salamandres sont très intéressantes à étudier pour les scientifiques, car cette miniaturisation du corps entraîne de nombreuses modifications morphologiques par rapport à leurs congénères de taille normale.

Au niveau morphologique d’abord. Ainsi, les organes leur permettant de voir, entendre et manger ont pris une taille disprotransparentsalamander-410x273portionnée par rapport au reste du corps. L’œil parait ainsi immense par rapport au reste du crâne (voir photo). De même, plusieurs os ou cartilages, séparés chez les autres espèces de salamandres, se retrouvent fusionnées.

Plus intéressant encore, la taille du cerveau de ces espèces est sensiblement plus grand, en comparaison à leur corps, que pour les espèces plus grandes. On peut ainsi facilement imaginer que si ces espèces évoluent vers des espèces plus grandes, elles conserveront le même rapport taille du cerveau/taille totale. Cela veut dire que le jour où les salamandres remplaceront les humains en tant qu’espèce intelligente et dominante, il y a de forte chances qu’elles aient évolué à partir des actuelles salamandres pygmées.

Malheureusement, toute cette intelligence potentielle est en train de fortement décliner, car les Thorius se font de plus en plus rares. Alors qu’elles étaient très abondantes il y a encore quelques décennies, elles sont aujourd’hui quasiment introuvables. La déforestation massive, théoriquement illégale, détruit leur habitat en faveur d’agriculture ou d’élevage. Mais même dans les zones encore intactes, leur nombre diminue de façon inexpliquée.

Habitat - Thorius

Forêt de la région d’Oaxaca, sud du Mexique