Il fait aujourd’hui à peu près consensus qu’être un père modèle implique, critère non suffisent, de ne pas manger ses enfants. Pourtant, la salamandre géante du Japon, ou Andrias japonicus, vient ébranler cet édifice de pensée si bien construit.

Cette salamandre n’a pas volé son nom de “géante”. Elle est le deuxième plus grand amphibien au monde, juste derrière la salamandre géante de Chine, et peut mesurer jusqu’à 1,5 m pour 35 kg. Elle vit dans les rivières du Japon, sur la moitié sud de l’île principale, Honshu, sur l’île de Shikoku ainsi que, plus rare, sur Kyushu.

Le mères sont d’affreuse marâtres. En effet, sitôt les 500 œufs pondus dans une tanière aquatique (son nid), elles s’en vont terroriser les crustacés, poissons et autres petits mammifères qui constituent leur diète habituelle. Le père en revanche, au delà son faciès fort peu esthétique, est un modèle de droiture. Il va rester à l’entrée de ce nid, surveillant les œufs, et leur prodiguant tous les soins nécessaires. Ainsi, avec sa queue, il va créer un faible courant sur les œufs, probablement pour les oxygéner. Une fois les œufs éclos, le mâle va continuer à surveiller ses larves. Ainsi, pour éviter la propagation de maladie dans le nid, il va systématiquement dévorer tout petit qui serait malade ou mort. Les chercheurs ayant étudié ce comportement rapportent que le père a mangé une larve en bonne santé par erreur, mais l’a recrachée aussitôt. On appelle ça de la “Cannibalisation filiale hygiénique”, et le père peut remplir cette tache pendant une période allant jusqu’à 7 mois.

Ainsi, quand dans un nid gardé par le père le taux de mortalité est minime, dans les nids non gardés (certains pères ne sont pas toujours à la hauteur), la mortalité par prédation (sur les œufs ou les larves) ou par maladie décime la quasi-totalité de la progéniture.

Cette espèce, qui occupe une place particulière dans le folklore populaire japonais, a longtemps été très menacée par sa consommation en tant que nourriture ou pour ses propriétés médicales supposées. Mais elle est protégée depuis 1952, contrairement à sa cousin chinoise évoquée plus haut, qui reste un met de choix dans les restaurants chinois. Cependant, elles restent toutes les deux menacées par la dégradation de son habitat, notamment par sa pollution.