Les salamandres sont des animaux fascinants. De par leur esthétique tout d’abord. Dans une mare de forêt de région parisienne, vous pourrez trouver des animaux plus hauts en couleur que n’importe quel lézard exotique (il n’y a qu’à regarder le mâl

e du banal triton alpestre pour s’en convaincre), ou qui rappellent les dragons les plus terrifiants (voir le mâle triton crêté). De par leur cycle biologique ensuite, avec leur métamorphose, digne d’un bon épisode de Pokémon, ou leurs parades nuptiales qui forment un ballet digne de Tchaikovski. Par leurs étonnantes capacités d’adaptation enfin, leur capacité à coloniser des milieux temporaires comme les mares de forêt, et bien entendu leur capacité de régénération hors du commun : ils peuvent régénérer leurs membres, leurs organes, et mêmes des parties de leur cerveau. Tant que l’animal est vivant, ça repousse ! Observer tout cela en captivité est, encore une fois, fascinant.

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Parade nuptiale du triton à bandes du Caucase

D’un autre côté, les salamandres sont de plus en plus menacées, partout dans le monde. La destruction, la pollution et la fragmentation de leurs habitats est la principale menace qui pèse sur eux. Mais ils sont aussi souvent mis en danger par l’introduction de prédateurs dans leurs biotopes (comme les perches et les carpes qui contribuent à la disparition imminente de l’axolotl dans la nature), et par le prélèvement humain pour l’alimentation, la médecine traditionnelle et… la vente en tant qu’animal de compagnie (voir un article sur le sujet ici). Il faut donc être conscient qu’en achetant une salamandre en animalerie, on contribue en général à sa disparition dans la nature.

En effet, l’élevage de salamandres est très récent et très complexe, donc les animaux nés en captivité sont rarement disponibles dans le commerce. Ceux qui le sont ne sont captifs en général que depuis une ou deux générations. En effet, même chez les rares éleveurs qui réussissent à les reproduire en captivité, les animaux finissent par dégénérer au bout de deux ou trois générations. Ils deviennent plus petits, plus fragiles et moins fertiles. Les causes de cette dégénérescence sont encore incertaines, mais la consanguinité et l’accumulation des carences alimentaires sont les deux pistes les plus crédibles. Seules deux espèces échappent à cette règle : l’axolotl, salamandre mexicaine très répandue en captivité, et le Pleudodèle, ou « triton à côtes » espagnol, qui se reproduisent en captivité depuis des générations sans que cela ne pose de problème.

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L’axolotl, l’une des deux espèces de salamandres qui se sont réellement adaptées à la captivité

Pour préserver les populations sauvages, et sans doute pour se donner bonne conscience, il me parait indispensable de travailler pour essayer de créer de nouvelles souches captives durables. C’est le travail que j’ai entrepris pour le moment sur le triton mandarin, ou empereur, de Chine, de son nom scientifique Tylototriton shanjing. Afin d’atténuer la consanguinité des animaux, je me suis constitué un groupe de salamandres de trois provenances différentes, et toutes nées en captivité. Au fil des années, j’essayerai encore de diversifier cette population, en y injectant un maximum de « sang neuf ». Afin d’éviter les carences alimentaires, je vais tenter de diversifier au maximum leur alimentation.

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La salamandre empereur de Chine

Ce travail n’en est qu’à ses débuts et n’apporte aucune garantie de résultat, mais en tout cas contribuera à diffuser plus d’animaux nés en captivité, et donc à protéger les populations sauvages. D’ailleurs, pas plus tard que ce weekend, les premières larves de ce couple sont nées ! Ce qui est encourageant pour la suite.

RS