D’après une équipe de chercheurs gallois, il existe une corrélation négative entre la toxicité d’une espèce et sa survie. Autrement dit, être venimeux n’est pas un avantage à la survie de l’espèce, mais un inconvénient.

En effet, d’après le Dr Kevin Arbuckle de l’Univeristé de Swansea, les amphibiens utilisant d’autres moyens de défense que le poison seraient plus efficaces. Ainsi, les salamandres américaines du genre Eurycea, très agiles et capables de grands bons, préfèrent la fuite. Ceux des genres Européen et Asiatique, Pleurodèles et Tylototriton sont capables de faire ressortir les pointes de leurs côtes à travers leur peau, créant ainsi une série de picots capables de faire fuir un prédateur.

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Pointe des côtes qui ressort de la peau d’un Pleurodeles waltl

Le camouflage d’espèces aquatiques comme l’axolotl leur permet également de passer inaperçus et de ne confronter leurs prédateurs que très rarement. Certains vont encore plus loin, comme l’américain Desmognathus imitator, non toxique, mais qui imite la coloration du Plethodon jordani, qui lui l’est, et avec qui il partage son habitat.

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Desmognathus imitator (gauche) et Plethodon jordani (droite)

Les espèce misant totalement sur leur toxicité, comme la salamandre tachetée européenne, ou le triton granuleux de Californie (article consacré ici), seraient donc plus menacées.

Malheureusement, l’équipe galloise n’explique pas ce phénomène. Mais elle avance trois théories :

  1. La synthèse du poison demanderait beaucoup d’énergie, ce qui pénalise les espèces concernées à long terme.
  2. Les espèces vénéneuses peuvent coloniser de nouveaux habitats, mais qui plus fragiles et plus marginaux que les autres, et donc elles sont vulnérables à la destruction de ceux-ci.
  3. Les espèces vénéneuses auraient des cycles de vie plus longs, et donc auraient plus de mal à se remettre d’une déstabilisation temporaire de leur habitat, par rapport à une espèce au cycle de vie plus rapide qui deviendrait rapidement dominante.

Ainsi, le chercheur insiste sur la propriété paradoxale de la sélection naturelle, qui se fait en faveur de l’individu sur le court terme (le plus vénéneux a plus de chance de s’en sortir) au détriment de l’espèce sur le long terme (les espèces les plus vénéneuses sont vulnérables).

RS

Source : https://www.eurekalert.org/pub_releases/2016-11/su-pad111816.php