Les salamandres, comme tous les amphibiens, ont un mode de vie qui repose sur deux milieux. L’eau tout d’abord, où ils naissent et se développent lors de leurs premiers mois, puis la terre, après avoir subi une métamorphose, et où ils passeront le reste de leur vie. Le nom même des amphibiens souligne ce mode de vie, la racine grecque du mot voulant dire « double vie », la première aquatique, et la seconde terrestre.

Pour continuer ce cycle, les salamandres doivent donc chaque année entreprendre de (relativement) longues migrations, quittant leurs sous-bois, où elles ont passé l’hiver, pour aller vers des points d’eau, où elles iront, selon les espèces, rencontrer un partenaire, pondre ou mettre bas. Cette migration est donc synonyme de saison des amours, de reproduction et de préservation de l’espèce.

Les salamandres et le défi de la route

Sauf qu’un fléau les guette : pour atteindre les points d’eau, les salamandres sont souvent obligées de traverser des routes. Les salamandres étant plutôt lentes et méfiantes, et le contact étrange du goudron sur leur corps renforçant ce caractère, elles peuvent mettre assez longtemps à traverser. Il suffit donc du passage d’une voiture pour anéantir non seulement ses velléités de reproduction, mais pour l’anéantir tout court. Les salamandres ayant assez peu de petits (contrairement aux grenouilles et crapauds par exemple, qui ont plusieurs centaines d’œufs, contre quelques dizaines tout au plus pour les tritons et salamandres), et une majorité des petits se faisant dévorer avant l’âge adulte, l’impact des Road kill, comme les appellent les anglophones, et considérables sur les populations de salamandres.

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Salamandre de feu percutée par un véhicule, entourée de larves qu’elle devait déposer dans un point d’eau proche

Initiatives pour sauver les salamandres

De nombreuses mesures sont mises en place afin d’enrayer le phénomène :

  • Les « crapauducs » : ils consistent en des barrières posées le long de la route, que les animaux vont essayer de contourner pour passer, jusqu’à tomber dans un seau, prévu à cet effet. Tous les matins, des bénévoles vont vider les seaux de l’autre côté de la route, et les salamandres peuvent donc continuer leur chemin.
  • Les passages sous la route : sur certaines routes, des tunnels sont aménagés sous les routes, permettant aux amphibiens de traverser sans danger. Enfin, sans danger de se faire écraser, car les prédateurs comme les martes ou les renards l’ont bien compris, et attendent patiemment les amphibiens à la sortie du tunnel. La salamandre, hautement toxique, ne risque pas grand chose ; mais on ne peut pas en dire autant de certains tritons, grenouilles ou crapauds.
  • La fermeture pure et simple des routes : certaines routes de forêt sont tout simplement fermées à la circulation pendant les mois de migration, comme c’est le cas cette année en France, par exemple dans les Côtes d’Armor (voir ici) ou au Canada, dans la région de l’Ontario, près des chutes du Niagara (voir ici).
  • La création de mares artificielles avant les routes, afin d’éviter aux amphibiens de devoir traverser. Je n’ai personnellement vu que très peu d’initiatives du genre.
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Des routes au Canada fermées pour la Salamandre de Jefferson

Ces mesures, efficaces, restent malheureusement d’assez faible ampleur, d’autant que beaucoup de mœurs des salamandres nous sont encore inconnues. Chacun, à son niveau, peut agir dessus, donc si vous en avez l’occasion, ne vous en privez pas !

RS