Les hommes, forts de leurs muscles, de leurs barbes et de leurs exploits guerrier, ont dominé l’histoire humaine. Les femmes, elles, ont souvent été confinées aux rôles ménagers. Maîtresses, oui, mais de maison. Aujourd’hui encore, des inégalités persistent : salaire, évolution de carrière, représentation dans les instances de gouvernement ou dans la direction des entreprises, etc. Dans ce contexte, il nous a souvent été donné de nous poser la question : et si la société était dominée et organisée par des femmes ? Cela a donné lieu a de nombreuses légendes et utopies féministes.

Les plus célèbres de ces femmes sont les Amazones. Cette légende grecque antique fait de ce peuple, vivant vraisemblablement sur les rives de la mer noire, un peuple de guerrières farouches, qui tuent ou mutilent tout enfant homme qui aurait le malheur de naître parmi elles. Pour perpétuer leur civilisation, elles s’unissent périodiquement avec les plus beaux hommes des tribus voisines. Les hommes sont donc marginalisés, et réduits au rôle de reproducteur.

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Statue d’une Amazone

A près de 10.000 km de là, dans l’Ohio au nord des Etats-Unis, certaines salamandres semblent donner vie à ce mythe. Dans cet Etat, les différentes espèces du genre Ambystoma, les salamandres taupes, se mélangent, s’hybrident, forment un casse-tête pour les taxonomistes et donnent lieu à des particularités étonnantes. L’une d’entre elles et qu’une population particulière a réussi à se débarrasser des mâles : les femelles se reproduisent par « clonage », et les petit(e)s sont génétiquement identiques à leur mère.

Loin de constituer un handicap, ceci constitue un avantage certain pour elles. En effet, les études ont montré qu’elles possédaient des facultés de régénération bien plus importante que leurs proches cousines hétérosexuelles. Ainsi, régénérer leur queue entièrement après une amputation leur nécessite 10 semaines, contre 15 pour leurs cousines. Ceci constitue un avantage certain, quand on sait l’handicap que peut représenter la perte d’un membre ou de la queue.

Cette faculté de régénération aurait pour cause le mode de reproduction même de ces salamandres. Quelques rappels de génétique seront utiles ici : nous possédons un ADN, qui code le fonctionnement de notre organisme. Par exemple, un gène (un segment de notre ADN), va commander la fabrication d’insuline, qui aide a assimiler les sucres. Si le gène ne fonctionne pas, l’insuline ne sera pas produite. Cet ADN a chez l’être humain deux sources : l’ADN du père et celui de la mère, chacun donnant un brin, nommé chromosome, les deux ensemble formant la molécule d’ADN de l’enfant. En général, pour chaque gène, l’un des deux brins dominera : le brin de la mère pourra coder pour les protéines responsables de la couleur des yeux : l’enfant aura les yeux marron de sa mère. Celui du père codera pour celle responsable de la pilosité : il aura une grosse barbe comme son père. Quand l’un des deux ne fonctionne pas, l’autre domine naturellement, et la fonction est assurée.

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Molécule d’ADN, avec ses deux brins entrelacés

Dans le cas de nos salamandres sans père, ils n’ont que le brin de la mère. Si un gène ne fonctionne pas, la fonction n’est pas assurée et l’animal n’est pas viable. Cependant, on s’est rendu compte que leur code génétique avait trouvé la parade à ce problème : elles possèdent des quantités immenses d’ADN dormant, prêt à prendre le relais en cas de problème. Elles en aurait deux à cinq fois plus que les autres salamandres proches, la probabilité d’une défaillance est donc bien moins importante pour elles que pour leurs cousines reproduites « normalement ».

De temps en temps, pour diversifier leur patrimoine génétique, comme les Amazones, elles peuvent aller ramasser du sperme de mâles d’autres populations sur les pierres, les racines, etc. Elle le stockeront et incorporeront cet ADN à leurs futurs petits.

Ainsi, une société 100% féminine apparaît plus robuste et plus durable qu’une société mêlant mâles et femelles. Espérons, nous autres hommes mâles, que l’être humain ne parviendra jamais à reproduire ce schéma. Il en va de notre survie !

 

RS

Source : Washington Post (cliquer ici)