La sélection naturelle a parfois des mécanismes contre-intuitifs, et contre-productifs. Nous avons déjà évoqué ici, dans l’article “Les salamandres fragilisées par leur propre poison ?” (voir ici), la sélection naturelle peut mener une espèce à disparaître.

Par exemple, l’un des plus grands cerfs de tous les temps, le Mégalocéros, a disparu de cette façon (théorie toutefois controversée). Les mâles mesuraient jusqu’à deux mètre de haut, mais surtout arboraient des bois d’une envergure allant jusqu’à 3,5 m. Ces bois sont très peu utiles pour la survie, plus encombrants qu’autre chose.

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Reconstitution d’un Mégalocéros

Mais les femelles préféraient les individus ayant les plus grands bois (la taille compte parfois). Ce sont ceux-ci qui ont donc pu se reproduire le plus, entraînant une croissance de plus en plus importante des bois au fil des générations. Ils seraient devenus si grands qu’ils auraient entraîné l’épuisement des animaux, qui doivent les perdre et les faire repousser chaque année, et les porter pendant toute la saison du rut. Ceci aurait contribué, avec le changement climatique lié à la fin de l’ère glacière et à la chasse humaine, à sa disparition autour de -10 000 (des populations auraient survécu jusqu’à -5 000).

On voit ici comment la sélection naturelle, qui privilégie la sélection sexuelle à la capacité de survie, peut mettre en danger la survie d’une espèce.

Chez les salamandres, une espèce en particulier nous rappelle le Mégalocéros. Il s’agit du triton à bandes (du genre Ommatotriton), habitant principalement dans les montagnes du Caucase (Turquie, Arménie, Géorgie, Russie), et jusqu’en Syrie, au Liban et en Israël. Si les femelles sont ternes et d’une beauté limitée, les mâles en rut donnent tout pour les séduire. Outre des couleurs tapageuses, faites de bleu, de doré, de blanc, de multiples paillettes, ils développent la crête la plus impressionnante de tous les amphibiens.

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Ommatotriton vittatus, version “Moyen-Orient” du triton à bandes

Cette crête, bien plus grande qu’eux, a l’inconvénient de les épuiser. Leur crête leur demande beaucoup d’énergie à faire pousser, à transporter et à maintenir en état. Or, il se trouve que pendant la période de rut, ils ne pensent qu’à la reproduction, au détriment de la nourriture. En conséquence, ils perdent souvent beaucoup de poids et peuvent finir par mourir.

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Ommatotriton ophryticus, version “Caucase” du triton à bandes

Mais il faut se rassurer : la principale menace qui pèse sur le triton à bandes n’est pas sa crête. Il s’agit surtout du changement climatique et du pompage des eaux pour les activité humaines (en particulier en Syrie, Liban et Israël), ainsi que la modification et la pollution de leur milieu de vie.

RS