Initialement conçus pour assouvir la soif d’exotisme des Européens, les zoos ont connu à partir de la fin du XXème siècle une évolution dans leurs missions. Cette évolution a tendance à s’intensifier ces dernières années. Ainsi, finies les petites cages exiguës où le visiteur pouvait observer les lions (ou les tritons) de très près. On voit apparaître à la place de grands enclos beaucoup plus proches des besoins réels de l’animal. On dira d’un côté qu’on voit mal les animaux. On afirmera de l’autre qu’un animal n’est jamais mieux qu’en liberté. Ou encore qu’une grande cage n’en est pas moins une cage.

Les espèces de triton peuvent être préservés grâce à nos efforts

J’aurais deux remarques à faire là dessus. Premièrement, au vu de l’impact énorme qu’a et que peut avoir l’humanité sur les animaux, je considère qu’il est capital d’éduquer les visiteurs à la nécessité de les préserver. Ainsi, je suis convaincu que si le panda, le lion ou l’éléphant bénéficient d’une cote de popularité permettant la multiplication des programmes de protection, c’est aussi parce que nous les voyons dans les zoos (et à la télé, en photo, etc.). Que nous sommes donc sensibles à leur cause. En revanche, les salamandres sont très discrètes et donc peu présentes dans l’imaginaire collectif. Elles sont donc beaucoup moins protégées !

Triton alpestre français

Femelle triton alpestre en France

Deuxièmement, parfois, il n’est pas possible d’avoir ces animaux en liberté, notamment à cause de la destruction de leur habitat. C’est notamment le cas du triton alpestre de Bosnie, ou Ichthyosaura alpestris reiseri. Cette sous-espère, cousine du triton alpestre français (dont je parle ici), n’a été observée que dans un seul lac, en Bosnie. Dans ce lac, elle a subi une catastrophe assez classique chez les salamandres. En effet, nous y avons introduit des truites pour pouvoir les pêcher. Les poissons sont assez gourmands, et les tritons, leurs petits et leurs œufs font une nourriture tout à fait appréciée. Ce n’est pas un hasard si poissons et amphibiens ne cohabitent que très rarement.

Triton alpestre du Montenegro

Groupe de tritons alpestres au Monténégro

Le triton alpestre de Bosnie survit au zoo de Vincennes

Donc ce triton n’a pas été observé en Bosnie depuis les années 1980. Les derniers spécimens subsistent donc au zoo de Vincennes, qui a pu se constituer un groupe grâce à des éleveurs particuliers qui conservent ces animaux depuis longtemps. Le zoo de Vincennes à donc mis en place un programme de conservation franco-bosnien. En France l’élevage et la reproduction des tritons en captivité, et en Bosnie des études approfondies sur le terrain pour essayer de trouver des populations subsistantes. A long terme, l’objectif est d’essayer de les réintroduire dans leur lac. Il est évidemment hors de question de relâcher ces animaux ailleurs que dans leur habitat d’origine, car en se heurtant aux animaux autochtones, ils finiraient soit par mourir, soit par devenir une espèce envahissante qui écrase les autres. Ce qui n’est évidemment pas le but.

Triton alpestre français

Mâle triton alpestre en France

Je trouve que cette histoire est un superbe exemple de travail d’équipe entre un zoo et des éleveurs particuliers pour la conservation d’une espèce qui aurait sinon disparu. Parce que cet animal est magnifique. Parce que j’adore rencontrer ses « cousins » un peu partout en Europe. Et parce que chaque espèce est un morceau de notre patrimoine qu’on se doit de conserver. Je me dis qu’il aurait été dommage de perdre celle-ci.

RS

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